Et même si c’est le bonheur, quelques fois, je pleure


Maman / lundi, juin 17th, 2019

Élever un enfant est une expérience unique, mais profondément solitaire.
Je parle ici d’un sentiment.  Quelque chose que vous ressentez au plus profond de vous, déjà quand vous attendez votre bébé. Les kilos de trop, la douleur, les nausées, les nuits difficiles.  Ça aurait été plus simple de partager ça à deux, non?  « Aujourd’hui, je prends les nausées et toi, tu dors sur le dos, ok? »
Bien sûr, nous ne sommes jamais vraiment seules.  Il y a toujours nos bébés près de nous qui nous sourient, font des petits bruits, bougent dans tous les sens, nous regardent profondément dans les yeux, et nous tiennent compagnie.

Peut-être l’avez vous déjà ressenti, vous aussi…

La solitude commence réellement quand vous avez votre bébé dans les bras.  Parce que la fatigue agave les sentiments et augmente proportionnellement les émotions.  Surtout les négatives ! Sans parler des abondantes hormones qui nous envahissent…
La solitude nous prend en pleine nuit quand nous nous levons pour nourrir nos bébés et que nous sommes les seules debout.
La solitude, nous la ressentons aussi quand nous sommes avec des amis, dans le bus, et même parfois entouré de beaucoup de monde.  Nous nous convertissons en parfaites spectatrices de la vie autour de nous…
Oui, la maternité, nous la partageons toujours avec quelqu’un, mais nous la vivons intérieurement seule et aujourd’hui, je mentirais si je disais que je n’éprouve pas de nostalgie en revoyant les photos d’il y a quelques années où j’affichais un sourire à la fois béant et dépourvu de toute préoccupation.
Je n’avais pas de cerne sous les yeux et je vivais l’instant présent, avec plus ou moins de légèreté.

Je mentirais si je disais que je ne suis pas épuisée et nerveuse la plupart du temps parce que je ne dors pas assez ou parce que je n’ai pas encore trouvé de recette idéale pour gérer famille et travail, famille et passions, …
Trop souvent, les « devoirs » prennent le dessus sur les « vouloir » et j’ai parfois du mal à l’accepter.

Je mentirais si je disais que je n’ai pas vieilli plus vite depuis que je suis maman.  Je le pense chaque fois que je me croise dans le miroir de l’ascenseur ou chaque fois que je trouve un nouveau cheveu blanc sur ma tête.

Je mentirais aussi, si je disais que je n’ai pas besoin de sortir, de boire un verre et d’oublier pendant quelques heures mon rôle de mère pour retrouver un peu de légèreté.  Ce sentiment qui était tellement normale il y a quelques années et qui me parait parfois si difficile à atteindre aujourd’hui.

Je mentirais encore si je disais qu’une certaine liberté ne me manque pas, ou encore si je disais que je ne suis pas un peu jalouse de la facilité avec laquelle mon mari continue à mener, plus ou moins, la même vie qu’avant…

Je pourrais encore rajouter quelques points à cette liste et je suis sûr que vous aussi.
Je n’ai pas envie de me plaindre, je veux simplement dire ce que je ressens et je suis certaine de ne pas être la seule à partager ces étranges sentiments qu’on ne sait pas toujours comment exprimer ou qui nous font parfois culpabiliser et qu’on préfère taire.

Dans tous les cas …

Devenir mère m’a fait découvrir un autre « moi ».  Certes, moins parfaite, mais plus pleine.
Chaque jour, j’apprends à être quelqu’un de meilleur, parce que c’est ce que je veux donner comme exemple à mes filles.  J’apprends aussi à me surpasser parce que cette maternité me met à l’épreuve, tous les jours, physiquement et mentalement.  Je sais que la vie m’a offert une immense opportunité d’enrichissement et d’évolution et il n’y a rien que j’aime plus, que prendre soin d’elles.
Je sais aussi parfaitement, que le prix de cette prestation, c’est que je renonce à moi. C’est le secret de mères, et nous l’apprenons toutes.  Les sacrifices font partie de notre vie et il vaut mieux s’y faire.

Alors parfois, je pleure.
Je pleure parce que j’ai besoin de faire entendre ces sentiments de solitude et de renoncement.  Parce que c’est souvent le bonheur, mais que ce n’est pas toujours un chemin de roses.  Parce que je sais qu’accepter ces sentiments qui font aussi partie de ma vie de maman, c’est le meilleur moyen de les éloigner de mon cœur et de laisser la place à la patience et à l’amour que j’éprouve, et qui est si fort.

Aujourd’hui, je dédie cet article à toutes les mamans qui se reconnaissent dans ces quelques mots.  Y compris, moi-même.

 

« Je suis venue pour t’extraire de toi-même, et te prendre dans mon coeur.  Je suis venue pour faire ressortir la beauté que tu as toujours ignoré avoir et t’élever telle une prière vers le ciel »
Rumi

 

A bientôt, Estefania.

 

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22 réponses à « Et même si c’est le bonheur, quelques fois, je pleure »

  1. Très juste cet article ! La société qui raisonne en termes binaires n’aident pas non plus les mamans à avouer leurs craquages. A partir du moment où on a souhaité son enfant, on n’a plus le droit de se plaindre de mal dormir / ne plus sortir / être constamment sollicitée… On doit être heureuse, béatement heureuse, 100% du temps. Mais la vie ce n’est pas ça ! Ce sont des clairs-obscurs, des sentiments complexes, des relations ambivalentes, des enfants que l’on adore mais qui nous dévorent, et qu’on aimerait bien planter quelques jours pour partir entre copines. Même si on les aime. Moi je n’ai pas honte de le dire, et je me fous de l’avis péremptoire de ceux qui (le plus souvent) ne savent pas de quoi ils parlent. 🙂

  2. un très bel article et tellement vrai! j’aurais pu l’écrire! je ressens tout cela et c’est d’ailleurs pour ça qu’on aura qu’un enfant!
    ça fait du bien cette liberté de parole parce que dans la vraie vie j’ai l’impression que c’est complètement tabou de dire ce genre de chose ou de critiquer un peu la parentalité…le ressenti est variable selon les individus, mais non, la maternité n’est pas le monde des bisounours ni un épanouissement total!

  3. Coucou Estefania, je trouve que tu as su parler avec vérité au nom de beaucoup de mères… et ton billet est très beau… tout simplement…. je ressens aussi parfois le besoin de retrouver cette vie d’avant, pouvoir sortir, partie loin pendant une durée indéterminée, faire la fête sans penser au lendemain mais je ne peux plus, je rêve parfois de cette vie d’avant où je rêvais tant d’avoir un bébé… quelle contradiction !! Mais quelle réalité. Je sais qu’un jour, quand mon enfant sera plus grand je pourrais me permettre de retrouver certaines choses que j’ai dû mettre en pause. Et tout ça, c’est bien sûr sans regret. Quelle chance d’avoir un bébé à la maison, quelle chance de le voir chaque jour changer et grandir, quelle chance de le voir sourire ! Je pense à tous ses parents qui n’arrivent pas à avoir d’enfants et je chéri chaque moment passer dans cette petite enfance qui va passer si vite… en tout cas, ça fait du bien parfois de savoir qu’on n’est pas la seule à ressentir xe genre de sentiments, cette solitude, on la vit toutes et ça la rend un peu moins dur. Merci pour ce joli texte. Bisous bisou !!

    1. Oui tu as tellement raison. Ça passe vite tout ça et c’est tres contradictoire. Moi aussi je me dis souvent que ça ne dure pas éternellement et je ne suis pas si pressée de les voir grandir… Puis d un autre côté, c’est parfois difficile, en effet. C’est comme ça je pense et il faut accepter. Merci pour ton partage. Bisous à toi

  4. Je trouve que c’est un très bel article que tu nous livre là. Les mamans ressentent toutes cela à un moment ou à un autre je crois que c’est normal comme tu le dis. Quelque chose change et il y a ce grand bouleversement à la fois physique et moral… Il faut apprendre à composer avec, et ce n’est pas simple tout les jours. Devenir mère implique d’avoir une responsabilité permanente sur une petite partie d’un « nous » qui n’est pas tout à fait « nous ». C’est angoissant, stressant, frustrant parfois aussi parce qu’on aimerai les remettre dans notre ventre nos petits choux. Finalement, et heureusement, il y a tout le bonheur à côté. Tu fais bien la part des choses, tu es juste honnête et ça fait du bien de se sentir moins seule. Merci pour ces mots juste.

    Je t’embrasse :*
    EM.

  5. Bravo pour cet article !
    C’est tellement important de casser cette image de la mère parfaite qui n’a jamais de coup de mou ! De plus en plus de mamans le font et ça permet de préparer les futures mamans et de rappeler aux femmes déjà mamans qu’elles ne sont pas seules !
    Etre parent c’est évidemment beaucoup de bonheur mais c’est aussi tellement dur ! J’avais un peu sous-estimé la chose et encore, je n’ai qu’un enfant ! Alors merci pour ce beau témoignage !

  6. Merci pour ce bel article, je te comprends tellement, j’ai souvent l’impression de me sentir débordée et dépassée, je crois que je me mets trop de pression avec mon seul bébé, alors avec 2 j’ai du mal à l’imaginer encore. Penser d’abord à eux avant de penser à nous c’est pas facile à accepter tous les jours… Le laisser prise est nécessaire.

  7. Bonjour Estefania ❤ je comprends ce ressenti que tu as et je M excusé de ne pas être plus souvent la pour t aider et m occuper de mes adorable petites filles je sais que je travaille mais j aurai aimer t aider un peu plus et surtout voir mes petites filles un peu plus vous venez tout les week end mais j aimerais les avoir encore et encore vite les vacances pour que j en profite et que vous ,vous vous reposer un peu je vous aimes plus que tout ❤

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