La cholestase gravidique : une maladie de grossesse peu connue


Grossesse / mercredi, novembre 14th, 2018

Ma grossesse précédente s’est déroulée sans complication jusqu’à la 34 semaines.
Il y a eu quelques nausées au début, des doutes et des peurs, quelques douleurs dans le dos, pas mal de contractions, … Mais dans l’ensemble, tout semblait suivre son cours.

Et puis un jour, j’ai commencé à me gratter.  Surtout la nuit.  Les paumes des mains et des pieds, d’abord.  Ensuite, tout le corps.  De véritables démangeaisons à s’arracher la peau et aucune plaque pour témoigner d’une éventuelle allergie ou réaction.  Rien de rien !

Je me suis alors souvenue d’un article qui parlait de démangeaisons anormales durant la grossesse et du danger qui pouvait les accompagner.  Je ne voulais pas m’affoler et j’avais un peu honte d’en parler ou de consulter pour des démangeaisons, mais cet article m’avait mis la puce à l’oreille et je voulais écarter le danger et les risques.

J’étais donc à 34 SA lorsque j’ai décidé d’en parler à mon médecin généraliste.  Il m’a tout de suite rassuré en me disant que les démangeaisons étaient normales, et sûrement liées aux hormones et à l’étirement de la peau.  « Hydratez-vous bien et buvez beaucoup d’eau« .

Malgré ces bonne recommandations, j’avais un doute et j’ai posé la même question à mon gynécologue trois jours plus tard.  Sans affoler personne, il m’a prescrit un bilan hépatique en urgence.
Le lendemain matin, mon téléphone sonnait et le verdict tombait : mon bilan hépatique était perturbé, je faisais une cholestase gravidique.

 

La cholestase gravidique (ou de grossesse) est une maladie qui touche le foie de la future maman.  Elle est très rare (1 cas sur 1000) et peu connue.  Elle apparaît généralement au cours du 3ème trimestre de la grossesse.  Le foie, saturé d’hormones, cesse de fonctionner correctement et les acides biliaires ne sont plus évacués du corps et restent dans le sang.

Elle n’est pas vraiment dangereuse pour la maman, mais elle peut l’être pour le fœtus.  Les acides biliaires passent la barrière du placenta et sont toxiques pour le bébé.  Sans suivi ni prise de médicaments, c’est soit un accouchement prématuré, soit dans le pire des cas, la mort du fœtus in-utero.

 

En quelques secondes, j’ai eu l’impression d’avoir la tête sous l’eau.  Cette maladie qui touche 1 grossesse sur mille, c’était nous.  Moi ! A partir de ce moment-là, la légèreté et l’insouciance tombent.  On entre dans la grossesse pathologique, la surveillance de près, le côté médical…. Je réalisais alors que la meilleure des crèmes hydratantes n’aurait pas pu sauver mon bébé.

Oui, l’erreur est humaine, mais ici elle aurait pu être mortelle !

Le premier et le plus fréquent des symptômes sont les démangeaisons.  Elles commencent d’abord dans les paumes des mains et les plantes des pieds pour s’étendre ensuite à tout le corps.  Dans certains cas, il peut y avoir une urine plus foncée et un possible ictère (jaunisse).  La seule façon de guérir de cette maladie est l’accouchement ! Bien souvent, il est déclenché à partir de la 37ème semaine pour éviter tous risques pour le bébé.

Pour ma part, j’ai rapidement été prise en charge et ce, pour les quatre semaines qu’il me restait.  J’avais un traitement médicamenteux, des monitorings, et des analyses de sang deux fois par semaine.  J’étais plus surveillée que la Reine d’Angleterre.  On me parlait de déclenchement, et j’étais consciente que chaque jour de passé était un jour de gagné.

Sur le plan physique, j’ai très bien réagi au traitement.  La situation a rapidement été sous contrôle.  Valentina est née dix jours plus tôt que la date prévue quand elle a décidé qu’il était temps pour elle de venir au monde.  Je ne pouvais pas espérer mieux.  Elle est arrivée en bonne santé et la cholestase a disparue tout de suite après l’accouchement.  Sur le plan psychologique, c’était plus difficile.  Comment décrire ce sentiment, quand votre propre corps qui accueille et fait grandit votre bébé, pourrait aussi l’empoisonner…  Il a fallu prendre sur soi et se laisser porter par les vents.  Accepter tout ça et faire au mieux.

 

***

 

Si je vous raconte cette histoire aujourd’hui, c’est parce que je voulais sensibiliser à cette maladie si peu connue (même du corps médical) et que je pense qu’avec une bonne information,  beaucoup de situations dramatiques pourraient être évitées… J’ai des sueurs froides quand je pense à ce qui aurait pu se passer si je n’avais jamais lu à propos des démangeaisons et de leur potentiel danger.  Je voulais donc souligner encore une fois l’importance de consulter en cas de doute !

Pour cette deuxième grossesse, il y a entre 75 et 90% de chance de récidives.  C’est énorme mais pour l’instant, tout va bien.  Aujourd’hui, je suis à la fin du sixième mois et rien ne me gratte.  Je suis attentive aux symptômes et j’espère très fort passer à travers les mailles du filet.  La cholestase est souvent d’origine génétique mais la cause est encore inconnue.  Les risques peuvent être augmentés par la prise de certaines médicaments (progestérone, paracétamol, …).  Afin de mettre toutes les chances de mon côté, j’essaye de ne pas prendre ces médicaments. La pilule contraceptive est aussi fortement déconseillée…. Vous savez maintenant pourquoi j’attends un deuxième bébé si tôt après Valentina 😉

 

« Peu importe le cap, l’important est d’atteindre la côte »

 

A bientôt, Estefania.

 

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20 réponses à « La cholestase gravidique : une maladie de grossesse peu connue »

  1. Coucou,
    J’ai lu ton article le jour de sa sortie mais je n’avais pas encore eu le temps de commenter ! Pour une prochaine grossesse je ferai le contrôle grâce à ton article car je ne connaissais pas cette maladie et je me souvient avoir eu des démangeaisons lors de ma première grossesse. On m’avait aussi prescrit des crèmes…
    Un immense merci à toi d’avoir pris le temps de partager cela.
    A très bientôt, prends soin de toi :*
    EM.

    1. Coucou Em,
      Merci pour ton commentaire.. oui parfois il faut demander à faire un examen parce que c’est rare et que c’est pas super connu dans nos régions du monde. Mais ça arrive… Si ça peut aider, c’est vraiment le but ! <3
      Je t’embrasse !!

  2. Bonjour Estefania,
    Merci pour ton article, cela m’a fait beaucoup de bien de lire ton expérience. J’ai déclenché une cholestase également lors de ma première grossesse et l’arrivée de mon petit bout ne s’est pas très bien passée. Il avait de gros problèmes respiratoires et nous avons eu très très peur pour lui… Aujourd’hui nous commençons à penser à l’idée d’un petit deuxième mais rien qu’à l’idée de revivre la même expérience, je suis terrorisée… Comment s’est passée la fin de ta grossesse? Tout s’est bien passé?
    Au plaisir de te lire,
    Pauline

    1. Bonjour Pauline,
      Merci pour ton commentaire… oui je sais que parfois ça peut amener des complications et c’est toujours très effrayant !!
      Tu seras bien suivie pour ta deuxième grossesse, en particulier pour ça.
      Pour moi, j’ai bien réagi au traitement et tout s’est déroulé sans problème, personne n en souffrait à l’accouchement.
      Courage et n’hésite pas si tu as des questions.
      À bientôt,
      Estefania.

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